[stag_toggle style=”normal” title=”Détails de la pièce” state=”closed”]VAS CHRISTIAN DÉSIRÉ
1/4 du 20e siècle
Verre coloré en masse ; soufflé à l'air libre ; stratifié ; décor intercalaire ; moulé ; gravé aux acides et à la roue ; peint à la main avec de l'émail et de l'or colloïdal[/stag_toggle]
Georges Walter décrit en 1702 dans sa chronique familiale comment ses ancêtres, qui possédaient une verrerie à Soucht, obtinrent du duc de Lorraine, Léopold Ier, l'autorisation de déménager leur usine au lieu-dit « Meiserbach » en raison de l'épuisement du bois de chauffage. Les fondateurs de la nouvelle verrerie étaient Jean-Martin, Jean-Nicolas et Étienne Walter, Sébastien Burgun et Martin Stenger. Après avoir conclu un bail de 30 ans avec le duc de Lorraine, ils installèrent leurs fourneaux à Meisenthal, sur le site d'une ancienne verrerie détruite.
Vers 1792, après la Révolution française, la verrerie de Meisenthal, jusque-là louée, fut rachetée par les héritiers des fondateurs. En 1800, elle comptait 18 associés et 56 ouvriers, produisant des verres, des verres de montre et des fenêtres. En 1823, elle prit le nom de « Verrerie de Meisenthal ».
À partir de 1824, la manufacture de Meisenthal s'appelle « Burgun, Schwerer et Cie ». En 1834, elle présente pour la première fois, à l'Exposition régionale de Metz, des verres en cristal qui se distinguent par « la perfection de la forme et la précision des coupes transversales ». En 1855, la verrerie de Meisenthal est saluée à l'Exposition universelle de Paris pour ses grands vases et la pureté et la qualité de ses opalines.
Dans les années 1860, Nicolas Mathieu Burgun, alors à la tête de la manufacture, conclut pour la première fois une série de contrats avec le nancéen Charles Reinemer Gallé, fabricant de verre, de céramique et de meubles. 1867 est l'année où son fils, Émile Gallé, commence son apprentissage à Meisenthal. La collaboration entre les deux manufactures deviendra de plus en plus étroite, jusqu'au début de la guerre franco-prussienne, en 1870-1871, où elle cessera temporairement.
CHRISTIAN DÉSIRÉ (1846 – 1907) dirigeait l'atelier de décoration de la société « Burgun, Schwerer et Cie » à Meisenthal, qui devint la plus importante verrerie de Lorraine allemande après 1885. Émile Gallé, lié à Meisenthal depuis sa jeunesse et ami d'Antoine Burgun et de Christian Désiré, conclut avec eux, en 1886, un « contrat secret » stipulant les termes d'une collaboration entre ses ateliers de Nancy et ceux de Meisenthal. L'aide d'Émile Gallé fut essentielle au maintien des précieux décorateurs lorrains, ces derniers leur fournissant un emploi permanent. La qualité artistique revendiquée par Gallé influença la production des ateliers de Meisenthal, comme le confirment les pièces excellentes et originales fabriquées sous la marque « Verrerie d'art de Lorraine » durant ces années. Christian Désiré, qui jouissait d'un statut indépendant au sein de la verrerie, devint, dès la signature du contrat avec Émile Gallé, associé des ateliers lorrains.
En 1889, les œuvres de Christian Désiré rayonnent aux côtés de celles de Gallé à l'Exposition universelle de Paris. Ce succès des deux créateurs est bénéfique pour leur collaboration, car les nombreuses commandes submergent Gallé, dont certaines sont exécutées par les ateliers dirigés par Christian Désiré.
Cinq ans plus tard, le contrat de collaboration fut résilié en raison d'une baisse du marché et d'une diminution du nombre de commandes. En conséquence, après 1894, Meisenthal produisit certains modèles conçus pour Nancy, décorés de motifs presque identiques, mais signés « Vallérysthal ». C'était probablement la solution proposée par Gallé et appliquée avec son savoir-faire, permettant aux ateliers dirigés par Christian Désiré de trouver un débouché sur un marché de plus en plus restreint. Durant cette période, les pièces Meisenthal étaient commercialisées sous la marque « Verrerie d'art de Lorraine Burgun, Schwerer et Cie », inscrite dans le médaillon en forme de chardon, caractéristique de la Lorraine, gravé au stylet, ce qui permet de les dater entre 1895 et 1903.

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CHRISTIAN DÉSIRÉ
1/4 du 20e siècle
Verre coloré dans la masse ; soufflé à la bouche ; stratifié ; décor intercalaire ; pâte de verre pressée ; peint à la main avec émail et or colloïdal
En 1901, « Burgun, Schwerer et Cie » fut transformée en société par actions. Antoine Burgun, jugé trop francophile et trop proche de ses amis nancéiens, fut remplacé par Émile Wanner, propriétaire de six actions du capital, tout comme Christian Désiré. La nouvelle direction limita la production artistique, ce qui poussa Christian Désiré à installer son atelier dans sa propre maison. Après 1903, son fils Armand le rejoignit, et l'atelier prit alors le nom de « Christian Désiré et Fils ». C'est ainsi que seront enregistrées les œuvres envoyées aux expositions.
Le style raffiné, d'inspiration symboliste, de Christian Désiré est facilement reconnaissable. Son procédé original de création de décors en émail, insérés entre un fond aux couleurs vives et une couche extérieure incolore, sur laquelle la roue grave ensuite les dégradés et donne du relief, animant le motif entre les couches, fait de ses œuvres de véritables merveilles esthétiques de l'Art nouveau.
L'art de Christian Désiré est indissociable de celui d'Émile Gallé. Christian Désiré fut l'un des premiers artistes cooptés par Émile Gallé lorsqu'il fonda l'École de Nancy en 1901, une distinction qui témoigne de la haute estime que le maître de l'Art nouveau accordait à sa personnalité et à son art, et qui resta intacte après plus de trente ans de collaboration. L'artiste, resté dans l'ombre de la personnalité écrasante d'Émile Gallé, s'éteignit presque inconnu à Meisenthal, moins de trois ans après celui qui avait été son ami de sa jeunesse jusqu'aux dernières années de sa vie.
Le Musée national de Peleş possède trois pièces de Christian Désiré ; deux d'entre elles semblent appartenir à la même famille : il s'agit de petits vases verts en forme de poire, aux lèvres ondulées, décorés de chrysanthèmes jaunes sur fond givré. Un examen plus attentif révèle que, sur l'un des vases, les chrysanthèmes sont peints sur la couche de base givrée par gravure à l'acide et recouverts d'une couche superficielle incolore. Les tiges et les centres des fleurs sont peints sur la couche extérieure, et le décor est complété par une gravure mécanique et des soulignements dorés.