Les coquillages Nautilus pompilius, originaires des océans Pacifique et Indien, sont réputés pour leur beauté et leur rareté. Qu'ils soient utilisés à l'état naturel ou intégrés à des pièces méticuleusement travaillées, ils figuraient dans les « cabinets de raretés » des collections privées de la haute noblesse. Les coupes en Nautilus étaient populaires dès la fin du XVIe siècle en Allemagne et surtout aux Pays-Bas, car elles étaient importées d'Indonésie par les navigateurs hollandais, qui furent ainsi les premiers Européens à travailler ce type de pièces. La décoration des coupes en Nautilus est étroitement liée à la nature marine du coquillage. Ainsi, les personnages prédominants de l'ornementation sont des personnages mythologiques marins, des monstres marins et de la végétation marine.
Les artistes et collectionneurs du XVIIe siècle considéraient les coquillages de nautile comme des chefs-d'œuvre de la nature. C'est pourquoi ils les inséraient dans des pièces ornées de montures en métal précieux, réalisées avec une minutie extrême. Souvent, ces montures transformaient les coquillages en coupes décoratives, alliant la beauté du coquillage au savoir-faire de l'orfèvre. Elles bénéficiaient d'une attention particulière lors de leur manipulation, de leur transport et de leurs autres transformations, leur principal objectif étant de susciter l'admiration et d'enrichir la décoration des intérieurs nobles. La forme spiralée de la coquille, composée de deux couches, l'une intérieure brillante et nacrée, l'autre extérieure à la consistance de porcelaine, permettait la gravure de divers motifs décoratifs. Dès le début du travail, le bord tranchant était retiré et remplacé par une fine bague en métal, réalisée avec savoir-faire.
Le raffinement et le talent remarquable des artisans qui ont exécuté les objets de la Renaissance, représentant divers oiseaux et animaux, ont attiré l'attention des orfèvres du siècle historiciste, qui les ont reproduits avec une grande minutie. Les créateurs se sont également inspirés des peintures flamandes du XVIIe siècle, signées Willem Kalf (1619-1693), Pieter Claesz (1597-1660), Pieter van Roestraten (1629-1700), célèbres pour leurs natures mortes, et de Jean-Baptiste Robie (1821-1910), contemporain du siècle historiciste, représentant de l'école belge des beaux-arts. Leurs créations, où une attention particulière a été portée à la composition d'ensemble, frappent par leur clarté et la richesse des détails. Ces maîtres du pinceau ont su mettre en valeur la beauté et l'éclat des objets peints, conférant aux œuvres une touche propre à l'école flamande par leur manière de combiner ombre et lumière.
À partir de tout cela, les maîtres allemands ont porté l’art du traitement des métaux précieux à un niveau de maîtrise qui a été perdu avec les grandes guerres mondiales de la première moitié du XXe siècle.
Les cygnes en coquille de nautile sont considérés à juste titre comme des objets d'une valeur artistique exceptionnelle. Outre leurs attributs décoratifs, ils sont également dotés d'une fonction pratique, servant de contenants pour ranger de petits objets de valeur.
Le Musée national de Peleş possède dans sa collection d'art décoratif plusieurs exemples exceptionnels de cette catégorie, dont une pièce en argent martelé, ornée de cabochons de pierres semi-précieuses et d'une coquille de nautile représentant un cygne. Il s'agit d'une œuvre allemande, réalisée dans l'atelier d'Edmund Wollenweber (1846-1889), éminent représentant de l'orfèvrerie historiciste.
Le support ovale surélevé à bordure ondulée, décoré à la base de quatre cabochons circulaires en pierres semi-précieuses, présente en léger relief une végétation lacustre avec des lézards, des escargots et des insectes. Le piédestal supporte un cygne aux pattes, au cou et à la tête argentés, ainsi qu'aux ailes qui forment le couvercle à charnière.
Le corps du cygne, en Nautilus pompilius, est soutenu par quatre bandes découpées, ornées de cabochons circulaires et ovoïdes de différentes couleurs. Les pierres semi-précieuses, disposées sur toute la surface du corps, comprennent un jaspe, une cornaline, un œil-de-chat, un jade, une améthyste ovale polie, trois coraux, trois petites fioles imitation citrine jaune, un œil-de-chat sur la tête, une petite fiole imitation amazonite, les yeux de deux fioles imitation almandin et, sous le bec, un ruban de lapis-lazuli. L'intérieur du couvercle est doré.
La valeur artistique particulière de cette pièce de 1085 grammes, poinçonnée argent 800‰, est évidente. Le cygne se distingue également par ses dimensions imposantes : 36 cm de haut, 31 cm de long et 15 cm de large. Le piédestal de 22,3 cm/15 cm assure la stabilité de la pièce, à laquelle contribue également la posture du cygne, avec sa tête courbée et sa queue en éventail, dont la longueur maximale atteint 31 cm. Il est évident qu'outre son talent artistique d'orfèvre, il était également un fin connaisseur des sciences exactes, capable de garantir l'équilibre de divers objets en métaux précieux. L'artiste allemand savait combiner les techniques du travail du métal, combinant au sein d'une même pièce des éléments moulés et pressés avec ceux créés par martelage, enrichissant l'ornementation de cabochons aux couleurs vives, de décorations ajourées et de coquillages.
Le résultat est louable, la pièce parvenant à devenir l'une des œuvres d'orfèvrerie les plus appréciées de la collection royale.