La collection d'orfèvrerie du château de Peleş abrite un gobelet réalisé à la fin du XIXe siècle, portant la marque de l'atelier allemand de Nuremberg. Réalisé en cuivre argenté, ce gobelet de 21,5 cm de haut représente un personnage féminin vêtu au XVIIe siècle, de style bourgeois hollandais, caractérisé par des volumes amples et des formes courbes, contrastant avec le costume espagnol, plus sobre dans ses lignes.
La chemise visible au niveau du col, avec ses manches serrées et ses poignets couvrant les poignets, ainsi que le riche col évoquent la dentelle, offrant une image fidèle de la coquetterie féminine de l'époque. Les Pays-Bas ont lancé la mode de la veste courte et du corset qui maintenait la taille, fermé par des boutons sur le devant. Les cheveux sont peignés en arrière et noués en chignon. La jupe ample, représentant la coupe, bouffante pour accentuer les hanches, se compose de deux couches : la supérieure, ornée de volutes florales et végétales, largement fendue, laisse apparaître la jupe inférieure, ornée de volants horizontaux, décorée en registres superposés de palmettes, d'un motif de filet et d'un motif floral et végétal. La tête est légèrement inclinée en arrière, le regard dirigé vers la petite coupe mobile, décorée d'un motif de filet et de motifs végétaux. La coupe est soutenue par deux longues tiges ornées de décorations appliquées de volutes en « C » terminées par des têtes de griffon, que la jeune femme porte dans ses bras levés. Cette coupe de fiançailles témoigne du talent particulier des orfèvres allemands, qui possèdent la science de combiner la technique du martelage avec celle du pressage, de la gravure et de l'argenture, afin de créer une œuvre d'art d'une grande valeur esthétique.
De nos jours, les orfèvres redoublent d'ingéniosité. Les célèbres coupes de fiançailles sont ainsi dotées d'une coupe fixe, représentée par une longue et large jupe, et d'une coupe mobile, ornée de cartouches lisses, permettant la gravure des noms et de la date du mariage des mariés. Parfois, la large jupe offre suffisamment d'espace pour y graver un poème entier. Il existe également des coupes de fiançailles en cristal, dont seuls le tronc et les bras en argent ont été conservés.
La légende de la coupe de fiançailles, pleine de romantisme, remonte au milieu du XVe siècle, son apparition étant liée à la vieille ville de Nuremberg. Selon la légende, la noble Cunégonde tomba amoureuse d'un jeune orfèvre ambitieux, au grand dam de son père, un aristocrate célèbre, qui s'opposa à leur histoire d'amour. Amoureuse à outrance, elle refusa les mariages les plus avantageux, suscitant la colère de son père.
Le père de la jeune femme ordonne l'emprisonnement de l'artisan, mais les larmes et la tristesse grandissante de la belle Cunégonde finissent par le convaincre. La liberté, cependant, a un prix et est conditionnée par le degré de maîtrise du jeune homme, contraint de forger une coupe enchantée dans laquelle deux personnes peuvent boire simultanément, sans gaspiller une goutte d'alcool.
Inspiré par l'amour et doté d'un talent particulier, le jeune homme créa un chef-d'œuvre : il sculpta une jeune fille, arborant le doux sourire de sa bien-aimée. Sa jupe servait de coupe. Les bras de la jeune fille, levés au-dessus de sa tête, soutenaient une autre coupe plus petite et mobile. Devant le fait accompli, le père tint sa promesse et accepta le mariage des deux jeunes gens. Lors de la cérémonie, les mariés burent dans cette coupe, transformant ainsi la légende en une tradition qui perdure depuis des siècles. La coupe est restée jusqu'à nos jours le symbole de l'amour, de la fidélité et de la chance. De Nuremberg, la tradition se répandit rapidement dans le monde entier.